Souveraineté numérique : ni Washington, ni Pékin — un partenariat avec Bruxelles
Soixante et un milliards de dollars par an. C’est, selon la dernière mise à jour de la CNUCED, l’investissement annuel nécessaire pour combler le déficit d’infrastructure numérique africaine. En 2024, à peine quinze milliards ont été décaissés. Quatre fois moins que le besoin réel.
Pendant que le continent débat, vingt-cinq pays adoptent MOSIP, la plateforme d’identité numérique open source incubée à Bangalore. Le Ghana Card, l’identité numérique rwandaise — qui couvre déjà près de neuf adultes sur dix — ou le Maisha Namba kényan ne sont pas des gadgets. Ce sont les fondations d’États capables de payer une bourse, de soigner un enfant ou de tracer un colis sans dépendre du cloud d’un géant non africain. C’est cela, la souveraineté numérique : des registres tenus à Kigali, à Accra ou à Nairobi, pas dans un data center californien.
Le partenariat avec l’Europe doit s’écrire ici. Pas dans des chartes éthiques aux titres ronflants, mais dans des co-investissements concrets : centres de données à empreinte carbone maîtrisée, formation aux modèles d’intelligence artificielle en langues africaines, harmonisation des règles de protection des données entre le RGPD et le futur protocole numérique de la ZLECAf. Bruxelles dispose d’un avantage rare face à Washington et Pékin : sa propre régulation, déjà arrimée aux droits fondamentaux. Encore faut-il l’exporter en partenaire et non en colon de l’algorithme, en acceptant que les standards continentaux soient écrits à Addis-Abeba et appliqués à parts égales sur les deux rives.
Le numérique africain ne sera ni américain ni chinois. Il sera africain — ou il ne sera rien.

