Minéraux critiques : l’Afrique doit cesser de partir par camion-citerne

Trente pour cent des réserves mondiales de minéraux critiques. Quatre-vingt-quinze pour cent du chrome, quatre-vingt-dix pour cent du platine. Et pourtant, selon les chiffres de la Banque africaine de développement, moins du dixième de la valeur ajoutée mondiale de ces filières est aujourd’hui capté sur le continent. L’écart entre la richesse géologique et la richesse industrielle est devenu insoutenable.

Treize pays africains — Namibie, Botswana, Ghana, Nigeria, Tanzanie, République démocratique du Congo en tête — ont franchi le pas en restreignant ou en interdisant l’exportation de minerais bruts. La logique est nette : plus jamais de camions-citernes pour expédier l’or vert de la transition énergétique sans transformation locale. Le Policy Center for the New South le rappelle dans son brief d’avril : la valorisation sur place n’est pas un caprice souverainiste, c’est la condition même d’une industrialisation panafricaine crédible — batteries, semi-conducteurs, modules photovoltaïques.

L’Europe a désormais un choix clair. Elle peut continuer à signer des contrats d’extraction pure et entendre, dans dix ans, les mêmes plaintes sur la dépendance aux chaînes asiatiques. Ou elle peut co-investir dans des raffineries continentales, des écoles de métallurgie, des corridors logistiques pensés avec Bruxelles et la Commission de l’Union africaine. La ZLECAf rend pour la première fois cette option crédible : un marché continental unique permet enfin d’amortir des unités industrielles à l’échelle. C’est cela, un pont d’égal à égal : pas une aide budgétaire, mais une chaîne de valeur partagée.

Le sous-sol africain n’est pas une caisse à compter. C’est une promesse industrielle. Reste à arrêter de la brader.