Jeunesse MENA : l’inclusion financière n’est plus un supplément d’âme

Trente-huit virgule cinq pour cent. C’est le taux de chômage des jeunes femmes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en 2023, selon l’Organisation internationale du travail. Une fois et demie celui des jeunes hommes de la même région, et près du double de la moyenne mondiale. Aucune statistique macroéconomique ne survit à un tel chiffre.

Les rapports aiment parler croissance, balance courante, ratio dette-PIB. Ils oublient l’évidence : aucune trajectoire ne tient si la jeunesse, surtout féminine, reste hors du marché du travail. Le dernier panel publié par l’Economic Research Forum, qui couvre dix-sept pays MENA, établit une corrélation forte entre profondeur de l’inclusion financière et baisse du chômage des jeunes. Mobile money, comptes de proximité, micro-crédit numérique : ce ne sont plus des outils annexes, ce sont des instruments d’emploi.

La leçon vaut pour les bailleurs européens. Plutôt que de financer un énième fonds de garantie technocratique, que Bruxelles, Paris et Berlin co-investissent dans des fintechs régulées par les banques centrales africaines, et adossent les corridors de remises à des produits productifs — pas seulement à la consommation. La diaspora africaine en Europe transfère plus de cinquante milliards d’euros chaque année, soit davantage que l’aide publique au développement consentie par l’Union vers le continent. Une fraction canalisée vers l’entrepreneuriat féminin et les chaînes de valeur agricoles créerait davantage d’emplois qu’un sommet euro-méditerranéen de plus.

L’inclusion financière n’est pas un rapport à classer. C’est, peut-être, la voie la plus courte entre la rive sud et la dignité économique.