Le swap de dette, ou rien

En 2024, le service de la dette extérieure africaine a englouti 102,6 milliards de dollars — 2,3 fois les 44 milliards de financements climat tracés sur le continent en 2021-2022. À côté, les swaps dette-climat ou dette-nature finalisés en Afrique — Seychelles, Gabon, Cabo Verde — totalisent moins de 700 millions de dollars cumulés : à peine 0,7 % d’une seule année de remboursements.

Le déséquilibre est nu. Pendant que Bruxelles, Paris et Berlin alignent partenariats verts et compacts climatiques, les capitales africaines transfèrent plus du double aux créanciers extérieurs qu’elles ne reçoivent pour adapter leurs économies. Le mécanisme du swap dette-climat — restructurer une fraction de la dette souveraine contre des investissements verts intérieurs — existe sous diverses formes depuis 1987. Le Policy Center for the New South en rappelle le potentiel. La Banque mondiale en chiffre la matière première. La rareté n’est ni technique ni financière : elle est politique.

Cette rareté arrange les créanciers. Tant que la dette africaine reste un actif à coupon régulier, sa restructuration ressemble à une perte. Il faut renverser le cadre. Un swap massif n’est pas une faveur européenne, c’est la condition minimale d’une relation d’égal à égal entre la BAD, l’AFD, la KfW et la BEI. Sans articulation à la ZLECAf, sans contrôle africain des contreparties, sans capital patient, le swap n’est qu’un sceau vert sur une vieille tutelle. Convertir la dette en transformation locale, en interconnexions énergétiques, en chaînes de valeur intra-africaines : voilà la souveraineté.

Tout le reste relève du communiqué de presse, pas de la souveraineté.